Le Grand Roi est pensif dans son Palais de marbre. Il a pour nom Xerxes et la dynastie Achéménide,
dont il est le représentant, règne sur le plus vaste des empires. Tout tremble devant son nom et
sa puissance. N'a-t-il pas maté Crésus, le Roi des Lydiens, à la richesse légendaire et qui
croyait pouvoir le défier ? Son Grand-Père Cambyse n'a-t-il pas, quant à lui, écrasé ces arrogants
Hébreux, détruit leur Temple et ne les a-t-il pas dispersés aux quatre vents ?
Régulièrement, des coursiers couverts de poussière rapportent à la Cour la révolte d'une de ses
satrapies. Il n'est pas rare que la nouvelle concerne les Grecs. Maudits grecs, qui sentent
l'ail et s'échauffent la bile au vin d'herbes, sentent fort et ignorent le parfum ! Leur passion
pour les palabres et les discussions les poussent souvent à se révolter contre le Grand Roi. A
chaque fois, celui-ci leur fait payer cher leurs folles prétentions. Ne sont-ils pas ses vassaux ?
Le Grand Roi est soucieux. Il se prépare à une expédition, mais il ne s'agit pas cette fois
d'aller mater ses sujets en révolte. Aux lointaines limites septentrionales de son empire, les
Scythes le narguent. Ce peuple de misérables couards redouble d'arrogance et n'hésite plus à
franchir les bornes de l'empire pour y semer la désolation et amasser du butin. Le Grand Roi
s'endort en serrant les poings.
Voila un mois que le Grand Roi est parti en campagne contre les Scythes. Son armée flamboyante a
bien souffert mais n'a rien perdue de sa superbe. Les fiers cavaliers de Bactriane, les lanciers
éthiopiens peint de rouge et de blanc, les archers Parthes, les Immortels de sa garde, les
mercenaires grecs et les javeliniers Lyciens n'en peuvent pourtant plus. La révolte gronde, car
l'ennemi est insaisissable. Les maudits cavaliers scythes baladent et épuisent l'armée achéménide.
Mais ce matin là, le bruit court dans le camp qu'à l'aube, un émissaire Scythe est arrivé dans la
tente du Grand Roi. Que veut-il ? Le Grand Roi n'a pas voulu le recevoir, mais ce dernier a
donné un présent du Roi des Scythes, proprement emballé dans un linge délicat. Le Roi se le fait
apporter et ouvrir. Il y trouve un moineau, une grenouille, une musaraigne et cinq flèches. Le
Grand Roi réfléchit. Les membres de sa Cour demeurent silencieux et perplexes. Le grand roi
examine les présents, se retourne vers ses conseillers et déclare :
"Voila qui est fort bien. Le Roi des Scythes s'en remet à ma clémence. Voyez : il me donne ce qui
vole, ce qui nage et ce qui rampe sur sa terre, et remet ses armes en mon pouvoir. Las de me
fuir et sachant sa perte certaine, il se soumet. Levons le camp et rentrons. L'Empire à besoin
de son Roi."
Et tandis que le Grand Roi, qui commande aux éléments et aux hommes, quitte sa tente de
Commandement pour s'en aller coucher, son conseiller murmure : "Pauvre fou. Pauvre Idiot.
Ta puissance t'aveugle et tu ne vois plus rien. Et pourtant tu sais bien ce qu'a voulu te dire
le Roi des Scythes. Si tu ne t'envoles pas à tire d'aile comme le moineau, que tu ne te caches
dans l'eau comme la grenouille ou que tu ne regagnes pas ton terrier comme la musaraigne, il te
tuera avec ses flèches".
La puissance ne met pas à l'abri de la bêtise ni de l’ignorance.
On dit souvent que l'histoire se répète.
On ne peut s'empêcher de tracer un parallèle entre cette histoire et la guerre en Iraq, pays situé dans l'ancienne Mésopotamie et où vécurent les Achéménides et les Scythes. Le roi Xerxès 1er avait même son trône à Babylone, alors capitale de l'empire des Achéménides. C'est à Babylone que l'on pouvait admirer les jardins suspendus considérés par les Anciens comme une des Sept Merveilles du monde. Là aussi avait été construite la fameuse tour de Babel ( la siggourat Étemenanki ). Enfin, à cette époque, Babylone était représentée sur les cartes des Mésopotamiens comme étant le centre du monde.
Aujourd'hui, il ne reste que des ruines de Babylone, lesquelles se trouvent à 160 km de Baghdâd.
NOTE : On peut retrouver l'origine de cette fable en lisant le tome 4, chapitre 131 des Histoires d'Hérodote. Hérodote a vécu en Grèce au quatrième siècle av. J.-C` et est considéré comme le père de l'Histoire.
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